Réglementation d’une station de lavage poids lourds et bus : normes, obligations et traitements
Lors de la conception d’une station de lavage pour poids lourds, autocars ou bus, la gestion des eaux usées constitue un enjeu réglementaire majeur. Les obligations varient selon le mode de rejet (réseau collectif, milieu naturel, réseau pluvial) et imposent l’intégration d’équipements de traitement conformes à la norme. La réglementation doit donc être prise en compte dès la phase de conception. Cette page présente les principales règles applicables et les dispositifs à prévoir.
Rejet des eaux de lavage : cadre réglementaire général
Tout rejet d’eaux usées issues d’un lavage de véhicules est soumis à la réglementation française sur l’eau (Code de l’environnement, loi sur l’eau) ainsi qu’au règlement sanitaire départemental.
En fonction du lieu de rejet, les seuils de pollution tolérés varient :
- Réseau d’assainissement collectif (eaux industrielles) : pH 5,5–8,5 ; température < 30 °C ; MES ≤ 600 mg/L.
- Milieu naturel ou réseau pluvial (autorisation nécessaire) : MES ≤ 100 mg/L.
Tout rejet en milieu naturel sans traitement est interdit depuis la loi sur l’eau de 1992.
Le rejet des eaux d’une aire de lavage doit se faire dans le réseau des eaux usées industrielles (EU) et respecter le règlement sanitaire départemental.
Peut-on rejeter les eaux directement dans les réseaux d’eaux pluviales ?
Non. Depuis la loi sur l’eau de 1992, tout rejet direct sans traitement est interdit. Cependant, une autorisation environnementale peut être délivrée sous certaines conditions :
- Installation d’un système de traitement des eaux (séparateur d’hydrocarbures et station de traitement biologique).
- Contrôle du respect des seuils réglementaires par analyses d’eau.
Dans ce cas, les prescriptions techniques et la validation des installations se font via le service de l’eau de la DREAL de votre région.
Stations de lavage et ICPE : quand déclarer ?
L’obligation de déclaration ICPE dépend des rubriques applicables (2930 ou 2795) et des caractéristiques de l’installation (activité, types de produits manipulés).
Certaines stations relèvent du régime ICPE selon l’activité :
- Rubrique 2930 : ateliers de réparation ou stations de lavage de véhicules.
- Rubrique 2795 : lavage de conteneurs ou citernes de matières dangereuses.
Repères rapides : la 2930 est principalement liée à la surface d’atelier/entretien, la 2795 aux volumes journaliers de lavage de conteneurs/citernes.
Le régime applicable (déclaration, enregistrement, autorisation) est déterminé par la DREAL en fonction des caractéristiques de l’installation.
Traitement préalable obligatoire : rôle du séparateur d’hydrocarbures
Avant tout rejet, les eaux d’une station de lavage doivent subir un débourbage (séparation des boues) puis un déshuilage (hydrocarbures). Le dispositif mis en place doit respecter la NF EN 858-1/2 :
- Classe I obligatoire (hydrocarbures ≤ 5 mg/L)
- Dimensionnement selon EN 858-2
Le dispositif permettant cela est le séparateur d’hydrocarbures, généralement enterré, qui retient les hydrocarbures présents dans les eaux de lavage.
Comment ça fonctionne ?
- Débourbeur : les eaux de lavage arrivent dans un premier volume où les boues et particules décantables se déposent par gravité.
- Filtre à coalescence : L’eau passe ensuite à travers un filtre coalesceur pour séparer les hydrocarbures et obtenir une eau décantée plus propre. Les hydrocarbures (plus légers que l’eau) remontent. Un module coalesceur fait s’agglomérer les micro-gouttelettes pour accélérer leur flottaison. Un film se forme alors, piégeant les hydrocarbures en surface.
- Rejets contrôlés : l’eau traitée est évacuée vers le réseau des eaux usées, après un regard de contrôle.
- Sécurité : un obturateur automatique (flotteur) ferme la sortie si la couche d’hydrocarbures devient trop épaisse (accident, saturation), évitant tout départ d’huiles vers le réseau.
Quel séparateur pour une aire PL ?
- Séparateur Classe I conforme NF EN 858-1, intégrant débourbeur, filtre à coalescence et alarme trop-plein.
- Dimensionnement : calcul en taille nominale (TN) selon NF EN 858-2 (débit d’alimentation, usage, équipements HP, etc.).
Exploitation & maintenance
- Contrôles visuels réguliers (niveau de boues, épaisseur d’hydrocarbures).
- Vidange des boues et des hydrocarbures, nettoyage du média de coalescence (fréquence adaptée à l’usage, souvent au moins annuel).
- Carnet d’entretien tenu à jour pour les autorités locales.
Recyclage des eaux de lavage : rôle et limites
Les eaux usées des stations de lavage constituent un enjeu environnemental majeur : elles contiennent des traces de carburant, des boues, des particules métalliques ainsi que des résidus de détergents et de produits de polissage. L’impact écologique ne se limite toutefois pas au rejet de ces eaux : le lavage d’un véhicule consomme en moyenne 400 L d’eau et, à pleine capacité, une station mobilise plusieurs milliers de litres par jour.
Bénéfices du recyclage
Pour réduire cette consommation, il est possible d’installer des stations de recyclage compatibles avec les portiques de lavage pour poids lourds et les postes haute pression. Grâce à ces équipements, un portique de lavage pour poids lourds peut être alimenté à 100 % en eau recyclée, pour les cycles de lavage comme pour les cycles de rinçage.
Ces dispositifs permettent ainsi de limiter la consommation d’eau et les rejets, avec des taux de recyclage de 65 à 90 %.
Comment fonctionne une station de recyclage ?
Une station de recyclage, à traitement biologique ou physico-chimique, fonctionne automatiquement et sans odeur. Le procédé suit une chaîne de prétraitement puis de traitement : les eaux très chargées (détergents, huiles, cires lubrifiantes, métaux lourds) passent d’abord dans un dégrilleur automatique, qui retient et stocke les matières grossières à l’arrivée des eaux usées. Elles sont ensuite dirigées vers des décanteurs, une succession de cuves enterrées en béton (parfois appelées « cuves de lavage »), avant le traitement proprement dit. Le recyclage biologique prend alors en charge les polluants et les élimine, ce qui contribue au respect de la réglementation applicable aux stations de lavage.
Limites d’usage
Toutefois, les systèmes de recyclage sont incompatibles avec certains usages, notamment pour les citernes alimentaires.
Est-il obligatoire de recycler les eaux de lavage ?
Ce n’est pas obligatoire, mais fortement recommandé pour diminuer les coûts et simplifier votre conformité environnementale.
Mettre en place un système de traitement pour purifier l’eau et la réutiliser constitue donc un choix pertinent pour l’avenir.
Récupération des eaux de pluie : cadre autorisé, bénéfices et limites
Pour réduire leurs coûts d’exploitation et leur empreinte environnementale, tout en restant conformes à la réglementation, de plus en plus d’exploitants installent des systèmes de récupération des eaux de pluie pour alimenter les opérations de lavage.
Ce qui est autorisé
- Toiture éligible : collecte exclusivement sur une toiture non accessible (sans amiante ni plomb), hors entretien/maintenance.
- Réseaux séparés : circuit d’eau de pluie strictement distinct du réseau d’eau potable ; absence de raccordements croisés à vérifier régulièrement.
- Signalisation : mention « eau non potable » obligatoire aux points de puisage.
- Stockage : cuve enterrée ou hors-sol, implantée hors gel, sans antigel.
- Entretien : vérification tous les 6 mois (propreté des équipements, état du stockage, conformité de la signalisation).
Quelles limites de pollution respecter ?
- Rejet vers réseau d’assainissement : MES ≤ 600 mg/L, pH 5,5–8,5, température < 30 °C.
- Rejet vers milieu naturel / pluvial : MES ≤ 100 mg/L, mêmes seuils pH et température.
- Contrôle périodique : analyses officielles demandées par la DREAL ou le service d’assainissement.
Pourquoi installer une citerne de récupération d’eau de pluie ?
Alimenter les cycles de lavage avec l’eau de pluie permet de réduire les achats d’eau et les charges d’exploitation. Une fois déduits les coûts de fonctionnement (énergie, entretien, traitement des boues), les économies peuvent être significatives. Sur une aire PL, où les volumes sont élevés, la perspective d’un retour sur investissement rapide constitue un atout majeur.
La récupération d’eaux pluviales contribue également à maîtriser sa consommation et à limiter la pression sur la ressource, tout en s’inscrivant dans le cadre réglementaire applicable. Elle améliore la gestion de l’eau à l’échelle du site et de la collectivité.
La baisse mesurable des volumes d’eau potable utilisés est aussi un levier de sensibilisation pour les équipes et les utilisateurs. Cette démarche renforce la responsabilité sociale de l’entreprise en valorisant des pratiques de lavage plus sobres et durables.
Conclusion: Dès la conception de votre station, anticipez ces contraintes réglementaires pour assurer conformité et durabilité. Des équipements adaptés (séparateur, recyclage, récupération d’eau de pluie) garantiront une exploitation sereine et conforme.